"MITTERRAND N'EST PAS MORT"

LEMONDE.FR | 10.05.11 | 07h36

"Je crois aux forces de l'esprit et je ne vous quitterai pas." Telles furent les dernières promesses du président François Mitterrand prononcées lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre 1994. Au grand dam de la France, François Mitterrand a bel et bien tenu parole. Trente ans après son accession au pouvoir, ses décisions économiques continuent de peser sur nos finances publiques et d'imprégner durablement l'état d'esprit des dirigeants socialistes.

"UNE NOSTALGIE QUI COÛTE CHER"

En quittant le palais de l'Elysée, François Mitterrand laissait à son successeur, Jacques Chirac, un lourd passif au bilan économique de la France. En matière d'emplois tout d'abord. La présidence Mitterrand se caractérise par une augmentation inédite du chômage, et ce malgré les importantes hausses des dépenses sociales consenties tout au long des deux septennats. De 6,1 % de chômeurs en 1981, le taux s'élève à près de 12 % en 1994, atteignant alors un pic sans précédent dans l'histoire économique de la Ve République. Même au pire moment de la crise financière récente, la pire depuis celle de 1929, ce taux n'a pas été franchi !

En matière de gestion des deniers publics, le bilan est tout aussi lourd. Je n'évoquerai pas ici les nombreux caprices du prince, financés par le contribuable français, pour entretenir sa cour. Les seules dépenses incontrôlées et la hausse démesurée du nombre de fonctionnaires suffisent à expliquer le grave déséquilibre de nos finances publiques. Alors que tous ses prédécesseurs étaient parvenus, au cours de leur mandat, à revenir à l'équilibre du budget de l'Etat (Georges Pompidou en 1969, Valéry Giscard d'Estaing en 1980), Mitterrand a échoué. Pire, sa politique de déficit public permanent (ce dernier passant de -2 % du PIB en 1981 à près de -5 % en 1995), a contribué à multiplier la dette publique par six en seulement quatorze années de présidence, hausse inédite qu'aucun gouvernement n'a par la suite réussi à infléchir… "Merci monsieur Mitterrand !", pourraient alors dire en cœur notre jeune génération qui continuera, pour des décennies encore, à payer le prix de cette incompétence économique.

La liste des erreurs de la présidence Mitterrand ne s'arrête malheureusement pas là. La relance Mauroy de 1981 a été un échec cuisant : loin de bénéficier aux industries françaises, la France n'étant pas un îlot isolé du monde réel, les hausses généralisées des dépenses (+25 % des allocations logement ; +10 % du smic) ont provoqué un déficit persistant de notre balance extérieure. Que dire de l'abaissement de l'âge de la retraite à 60 ans, mesure prise à contre-courant de l'évolution de la durée de vie ? En 2010, il a failli provoquer la faillite de notre système de retraite par répartition ! Que penser encore de l'instauration de l'impôt sur les grandes fortunes, taxe idéologique qui consistait à "faire payer les riches" ? Son successeur, l'Impôt sur la fortune (ISF), est devenu un boulet économique qui, depuis sa création, a fait fuir hors de France nos meilleurs entrepreneurs et près de 500 milliards d'euros de capitaux…

"L'IDÉOLOGIE COMME HÉRITAGE"

Si le bilan économique des années Mitterrand est toujours prégnant, l'impact idéologique qu'il a insufflé au Parti socialiste l'est tout autant. En effet, depuis 1981, la gauche française n'a toujours pas adapté son kit intellectuel. Comme son mentor, qui déclarait en 1971 au congrès d'Epinay que "celui qui ne consent pas à la rupture avec la société capitaliste, ne peut être adhérent du Parti socialiste", les dirigeants actuels du PS continuent de faire de la lutte contre le capitalisme et l'économie de marché un axe majeur de leur politique. N'y a-t-il pas un écho évident entre le programme du PS proposant l'encadrement des loyers et des salaires ou la création d'un "grand impôt citoyen" et le "programme commun" de 1981 qui visait à "briser la domination du grand capital" et à "transférer à la collectivité les moyens de productions" ?

Plusieurs questions se posent alors. Quand les dirigeants du PS rompront-ils officiellement avec le marxisme, à l'image de tous les autres partis de gauche en Europe ? Quand les dirigeants du PS comprendront-ils qu'avant de redistribuer de la richesse, il faut d'abord en créer ? Enfin, quand réaliseront-ils que dans une économie mondialisée, les dépenses à tout va (les 300 000 emplois jeunes financées par de nouveaux impôts, les allocations étudiantes ou encore les primes pour partir en vacances…) risquent, comme en 1981, de se heurter à la contrainte extérieure et d'aggraver considérablement notre déficit et notre dette publics ?

"UNE DRÔLE DE COMMÉMORATION"

Permettez-moi donc de m'interroger. Que célèbrent-ils exactement, les responsables du Parti socialiste ? Commémorent-ils la fuite massive des capitaux et des talents qui suivit l'élection ? Sont-ils mélancoliques des nationalisations des groupes industriels et bancaires, qui comme les étatisations bolchéviques ou cubaines, ont fait régner un climat de peur chez nos chefs d'entreprises ? D'autant plus que les nouveaux sans-culottes socialistes, à l'idéologie marxiste affirmée, voulaient que "des têtes tombent". "C'est ce que nous attendons du gouvernement, car il en va de la réussite de notre politique", affirmait Paul Quilès, le directeur de campagne de François Mitterrand… Ainsi, si François Mitterrand a le droit au respect, permettez-moi cependant de ne pas cultiver la nostalgie d'une période si coûteuse pour notre pays.

Jean-Michel Fourgous, maire (UMP) d'Elancourt, député, membre de la Commission des finances de l'Assemblée nationale